4. Les clients

4.1. Les agents-utilisateur de messagerie et de news

4.1.1. Le courrier

Les agents-utilisateur de messagerie (AUM) Internet sont légion ! En plus du traditionnel /bin/mail des systèmes Unix, généralement livré en standard sur ces machines, on trouve des AUM pour fonctionnement en mode plein écran sur terminal, d'autres pour à peu près chaque système d'interface graphique et de nouveaux AUM gérant plus ou moins bien MIME. De plus des AUM pour des systèmes de messagerie autres qu'Internet (cc:Mail, MSMail, X.400 par ex.) deviennent effectivement des AUM Internet lorsqu'on installe une passerelle entre les deux systèmes.

La situation en regard des capacités linguistiques est évidemment fort variable. Du côté des AUM fonctionnant en mode terminal, l'affichage et la saisie d'autre chose que de l'ASCII est tributaire des capacités du dit terminal, ainsi que de la configuration de l'interface entre système et terminal. Or les problèmes dans ce domaine sont nombreux, mais généralement des solutions existent. Elles sont mêmes disponibles immédiatement, mais au prix d'un effort de configuration qui, bien souvent, n'est pas à la portée de l'utilisateur moyen. D'autre part un terminal est nécessairement limité, le plus souvent à l'affichage de texte en un seul jeu de caractères, ce qui limite l'intérêt d'une implantation de MIME dans les AUM pour terminaux. Malgré ce fait, le logiciel gratuit pine, conforme à MIME, est de plus en plus répandu, mais n'existe encore qu'en version anglaise.

Du côté des interfaces graphiques, les limitations sont moindres et MIME mieux implanté. Un exemple important est le logiciel Eudora, existant aussi bien pour MS-Windows que pour Macintosh, et qu'on peut même se procurer en français, en japonais et peut-être en d'autres langues. Si tout le monde utilisait Eudora, il n'y aurait pratiquement plus de problème de courrier, au moins au sein d'une même communauté linguistique.

Du côté des systèmes autres qu'Internet reliés par une passerelle, on peut dire qu'en général seul l'ASCII passe. La passerelle de Compuserve replie les lettres accentuées en lettre ASCII correspondantes. Certaines passerelles X.400 refusent les messages contenant des caractères 8 bits. D'autres passerelles encodent de façon non-standard de tels messages, les rendant pratiquement illisibles, sauf peut-être pour un destinataire situé derrière une passerelle identique. Le produit Communiqué d'Alis Technologies règle ces problèmes dans le cas des réseaux de messagerie cc:Mail. Il transforme cc:Mail en un AUM conforme à MIME, en plus de soulager l'utilisateur des problèmes reliés à son ignorance des capacités de ses correspondants. Le résultat est une transmission fiable de messages accentués, avec si nécessaire seulement repli vers l'ASCII. Alis se penche actuellement sur l'opportunité de porter Communiqué à d'autres réseaux et produits de messagerie (Microsoft Mail, Eudora de Qualcomm, etc.)

4.1.2. Usenet

Sur Usenet aussi les agents-utilisateurs sont très variés, la seule constante étant qu'il sont presque tous en anglais seulement ; il existe des lecteurs dédiés à l'accès Usenet, mais de plus en plus de gens utilisent une fonction appropriée de leur fureteur W3. Un bon nombre de ces lecteurs sont capables de transmettre correctement les caractères à 8 bits, mais ce n'est pas là une solution complète et robuste au problème de messagerie. En effet, diverses machines utilisent, pour la même langue, divers jeux de caractères ; le lecteur d'un message ayant été composé et transmis sur, disons, une machine MS-DOS, devra opérer un transcodage pour rendre ce message lisible sur, disons, un Macintosh. Bien peu de lecteur de news sont ainsi équipés. De plus, et bien que MIME soit techniquement applicable à Usenet, on ne dispose pas en général d'étiquetage permettant d'identifier le jeu de caractères d'un message. On doit donc se fier à des conventions, stipulant par exemple que les messages en français devraient être encodés en ISO Latin-1. Ce genre de convention est assez bien établi dans les groupes Usenet francophones, et les lecteurs s'y adaptent petit à petit, mais il reste qu'un message en français correct (accentué !) transmis à un groupe plus universel risque d'être assez mal reçu et interprété. De même pour un message en russe sur un groupe francophone.

4.2. Les clients WAIS et Gopher

4.2.1. WAIS

Les clients WAIS sont assez nombreux, étant disponibles pour à peu près tous les types de machines et de systèmes d'exploitation communs sur l'Internet. De plus, l'accès à WAIS est possible par des fureteurs W3, soit directement soit par passerelle interposée. Comme déjà expliqué (cf. Section 2.3), le problème de support des langues se pose ici de façon assez aiguë, autant par manque de support de la part des clients et serveurs que par carence du protocole.

4.2.2. Gopher

On accède à Gopher soit au moyen d'un client dédié, soit au moyen d'un fureteur W3 gérant le protocole Gopher (pratiquement tous). Les clients Gopher sont généralement fort simple : ils assurent la communication avec le serveur par TCP, et affichent les données soit sur un terminal (ou l'équivalent), soit dans une fenêtre sur un écran graphique. Ils ne s'occupent aucunement du jeu de caractères, supposant implicitement que les données sont codées de manière à pouvoir être affichées par le système local. En l'absence de toute méthode d'annonce ou de négociation, et en l'absence de possibilités de transcodage, le comportement avec tout autre jeu que l'ASCII est plus une question de chance que de quoi que ce soit d'autre. Ainsi, un client tournant sur un Macintosh, et recevant un document livré en ISO Latin-1, affichera incorrectement les lettres accentuées. Un client tournant en mode terminal, dans le cas où ce dernier, ou son interface, ne permette pas l'affichage ou la transmission de caractères 8 bits, ne pourra simplement s'en tirer avec du texte accentué. Exemple de conséquence : le Réseau Scolaire Canadien offre un serveur Gopher bilingue, mais doit garder quatre versions de tout le contenu : une en anglais et trois en français, sans accents et avec accents en deux jeux de caractères répandus.

4.3. Les fureteurs W3

L'ISO Latin-1, qui est la norme actuelle du W3, n'est pas suffisant pour un réseau qui se veut global (World Wide Web). On trouve déjà des exemples de documents en au moins 23 langues, utilisant au moins 14 codages en plus de l'ISO Latin-1. Il existe aussi des fureteurs pour lire presque tous ces document, le plus impressionnant d'entre eux étant probablement une version japonaise de NCSA Mosaic, appelée Mosaic-L10N (L10N est une abbréviation courante de localisation, le procédé qui consiste à adapter un logiciel à un lieu, une langue, un pays).

On peut aussi mentionner une version russe de Mosaic, ci-après appelée Mosaic-cyrillique, ainsi que mule, version multilingue de l'éditeur bien connu emacs, qui devient un fureteur avec l'addition du greffon w3-mode. Ces trois fureteurs multilingues sont disponibles gratuitement sur l'Internet. Mosaic-cyrillique existe en versions MS-Windows et X-Unix, Mosaic-L10N en version X-Unix seulement, et mule nécessite une machine Unix mais peut afficher sur un serveur X ou un terminal en mode caractères (dans ce dernier cas avec des capacités linguistiques limitées évidemment à celle du terminal). Mule est d'autre part un outil pour expert aguerri et peut-être un peu masochiste, pas du tout convivial, et ne permet pas l'affichage des images incrustées dans les documents HTML. En dernier lieu, la dernière version du très populaire fureteur Netscape, un partagiciel (gratuit pour les utilisateurs du monde de l'enseignement) distribué sur l'Internet, permet l'affichage du japonais sur les systèmes adaptés à cette langue.

Ces fureteurs s'en tirent en outrepassant les normes du W3, en utilisant à bon escient d'autres normes, et en demandant la collaboration de l'usager, qui ne peut donc être complètement naïf. Pour afficher une page en chinois ou en russe sur Mosaic-L10N, il faut d'abord choisir une police appropriée dans le menu Options/Fonts étendu, puis provoquer le transfert de la page de la manière habituelle. Il faut choisir la police avant le transfert de la page, donc sans connaître son contenu, après il est trop tard et la page est illisible.

Mosaic-L10N et Netscape s'en tire mieux avec les documents en japonais, ou en toute autre langue s'ils utilisent une variante de la norme ISO-2022 qui permet d'étiqueter les changements de jeu de caractères au moyen de séquences d'échappement normalisées. Mosaic-L10N détecte ces séquences et génère un affichage correct ; le W3 en japonais est donc une réalité aujourd'hui, mais au prix d'une incompatibilité avec le reste du W3. En effet, ces fureteurs nipponisés sans respect des normes (non sans raison, toutefois) ont parfois des problèmes lorsqu'il s'agit d'afficher des documents standards.

Alis Technologies s'apprête à lancer un fureteur multilingue, appelé Mosaïque, dont un prototype est représenté par l'Illustration 4-1. L'interface-utilisateur (menus, boutons, messages, etc.) est bien sûr en français, mais la langue de l'interface pourra être changée à volonté, à la volée. Le prototype est dès à présent capable d'afficher toutes les langues d'Europe, y compris celles utilisant les alphabets grec et cyrillique, va même jusqu'au japonais sur une machine appropriée, et traitera bientôt l'arabe et d'autres langues. Il essaie d'être exhaustif dans le multilinguisme pour contrer la prolifération de fureteurs incompatibles et hors-norme qui ne savent plus afficher le français.

Mosaïque

Illustration 4-1 : un aperçu du fureteur multilingue Mosaïque d'Alis Technologies

Alis n'adapte pas seulement la langue des menus et boutons ; l'aide en ligne est aussi dans la langue de choix de l'utilisateur, ainsi que les pointeurs vers les ressources Internet intéressantes : on n'y retrouvera pas seulement un What's New?, mais aussi un Quoi de neuf ?, un Was ist neu? qui pointeront vers des sites intéressants pour les francophones, les germanophones, etc., le choix se faisant à la volée selon la langue choisie par l'utilisateur.

Choix de langue

Illustration 4-2 : le choix de langue à la volée

Le fureteur Mosaïque réalise pleinement certaines parties plus obscures des protocoles Internet (même celles qui ne sont pas encore officiellement adoptées), qui permettent entre autres de traiter des documents codés en une variété de jeux de caractères (paramètre charset), mais aussi d'exprimer une préférence linguistique pour le document à récupérer (mécanisme Accept-Language). Ceci évitera d'avoir (presque) toujours à passer par une page (en jargon du W3) en anglais pour atteindre la même page en français via un hyper-lien, avec délai et coût supplémentaire à la clé. Avec un tel mécanisme, le français (ou toute autre langue) n'est plus subordonné à l'anglais.

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